ETAPE 6: Barcelone – Valence

Après le jeudi de mon arrivée à Barcelone, je m’attèle à la mise à jour du site et la préparation de l’exposition. Une fois de plus, j’en oublie le jour et rate les horaires d’ouverture de Aurea Social que j’aurai bien aimé rencontrer. Ma visite à Can Vies, où j’ai posé l’exposition, n’a pas eu lieu car le bâtiment était fermé. J’avais également contacté la communauté Can Mas Deu qui fait un travail remarquable dans le quartier de Canyell, elle ne me proposait qu’une visite collective le samedi matin et enfin la structure Calafou qui ne m’a pas répondu. Je souhaite partager des expériences et non déranger ou chercher à m’imposer, le quiproquo au Maquis m’ayant un peu refroidi et servi de leçon, je décide de ne pas forcer les choses et de profiter de la ville et de ses expo gratuites (Matin Parr, avec sa série The Non-Conformist, ainsi que la très intéressante expo 25% Catalonya at Venice au Centre de la Imatge).

Au bout de 3 jours d’Auberge de Jeunesse, la route m’appelle.

 

 

Dimanche 10 Août

Départ le dimanche en milieu d’aprem, la ville et sa circulation sont plus calme Quitter une grosse ville sans prendre l’autoroute c’est pas coton, je me perds un peu, visite les quartiers et villes voisines. Tout est désert, juste un vent en rafale de face…un préambule à l’apocalypse ? Je mets un peu plus de 2h pour quitter l’agglomération. A Castelldefels, je retrouve un paysage côtier, « balnéaire », moins urbain et industriel. Je traverse la ville et entame la route en corniche C31 qui m’emmènera définitivement vers le sud. Et là, vlam, couic, crac…un bruit, léger, net, franc et sincère qui se répercute de ma roue arrière au cadre du vélo, monte dans mon corps, parvient jusqu’à mes oreilles, s’engouffre dans ma tête et arrive à ma zone mémorielle….outch, c’est bien ça….un autre rayon qui décide, unilatéralement, de quitter l’aventure, sur le bord de cette route en corniche….ok.

Je n’ai d’autre solution que de faire demi-tour. Faire demi-tour à 18h, alors que la fatigue commençait à s’agripper sur la remorque, que je venais de me gonfler d’énergie pour atteindre Sitges (ville après ces 18km de route littorale faite de hauts et de bas)…faut bien se l’avouer, c’est un coup de bambou. Bam, allé goût’.

Demi-tour disais-je. Je sais que je peux rouler un peu sans risquer trop de dégâts supplémentaires. Retour à Barcelone ? Ca non, sûrement pas. Rester ici alors ? Ok, bon, trouver un hébergement. Moral dans les mollets, vent dans le dos, je rôde un camping auprès des gens. Il en existe bien un, pour l’atteindre, il faut prendre l’autoroute sur quelques kilomètres, il se trouve juste à coté! Mouai, pas très engageant tout ça. Alors un hôtel pas cher. Pas trop cher quoi. L’avantage de l’hôtel est que je peux laisser mes affaires en vrac et aller demain, lundi, à Barcelone en train pour faire changer ma roue.

Voila c’est réglé, il est 20h, la lune est pleine et « super ». C’est un phénomène astronomique assez rare, elle est plus grosse et plus lumineuse d’un tiers que d’habitude….ces effets sur le vivant, sur nous, sont-ils un tiers plus forts que d’habitude ?

Toujours un peu déconfit, n’arrivant pas trop à adopter une bonne distance sur ces derniers événements, je décide d’observer mes contemporains sous la lune, le long de la plage.

 

Lundi 11 Août

Nuit courte, matin gris avec 28°c au thermomètre, je pars pour la gare, prendre un train de banlieue et retrouver Barcelone. 20 min plus tard, il est 30°c (!), direction décath. Verdict, en plus de la roue, faut changer les pignons car non adaptables. J’en profite pour changer la chaîne qui s’était mise à rouiller fortement.

En deux heures, Caracolès s’est refait une beauté, je rentre à Castelldefels faire une sieste et prendre un bain de fin de journée dans une mer  déchaînée, probablement par la lune. Programme du soir, visionnage du film « un jour sans fin » !

 

Mardi 12 Août

Deuxième départ. La nouvelle chaîne de vélo rend chaque coup de pédale plus fluide, que du bonheur. J’ai la patate, le friton, une pêche d’enfer, ça va l’faire! Le vent s’est calmé un peu et surtout il est dans le dos, du coup, c’est le bel ami de la journée. Alors j’avale les kilomètres. Perdu dans mes pensées, ma distance dans mon sujet, ma place dans mes relations, j’en perds ma route, je fais des tours et détours, choisis de mauvaises options….que de symboles et d’échos. La route n’est pas très belle, monotone. On s’endormirait presque !

Je passe de la C 31 à la RN 340, le trafic s’amplifie, le souffle des 38 Tonnes me fouette quand ils me dépassent. Je ne croise pas grand monde. Juste Helmy, chouette gars qui fait la route du point le plus au nord de l’Europe au point le plus au Sud, soit du Cap Nord à Gibraltar. On mange ensemble à Tarragona. Il repart vite, il a un temps limité et dois faire ses bornes. Je reste un peu pour visiter la ville et apprécier la lente ivresse qui monte en moi, 50 cl de cerveza au repas ça réhydrate bien mais pas que !

Je reprends le vélo pour quitter la ville et trouver un spot pour bivouaquer tranquille. Une entrée de champ d’oliviers, je vais au fond. Oups, je suis accueilli par 2 chiens en liberté qui me font des yeux pas très avenants. Je rebrousse chemin et me cale dans le champ suivant.

Il est tôt, j’en profite pour faire rien. Juste rien et c’est bien.

Ça faisait plus d’une semaine que je n’avais pas bivouaqué, ça me manquait. Une chambre sans mur, les sons, les odeurs, les couleurs glissantes avec la lumière, les mouches et autres insectes qui s’inventent à ton buffet. Euh, non c’est toi le buffet ! Faire partie d’un lieu, d’un milieu, d’un écosystème, pour quelques heures, le perturber un minimum, recevoir ce qu’il te donne, essayer de laisser le moins de traces possibles, ne pas bouger les cailloux ou les remettre à leur place, faire avec, s’adapter et enfin planter ta tente. Ne pas oublier de le remercier avant le départ.

Quelques étirements et massages sont des plus bien appréciables. D’ailleurs, en parlant de plus, j’ai redécouvert le confort d’un sac de couchage lors des petits matins frisquets. J’avais laissé le mien à Montpellier, me disant que j’en n’aurai probablement plus besoin. Je dois dire que dès le Maquis, j’ai eu froid, même très froid. Et nuits suivantes aussi ! Du coup, je dormais avec une couverture de survie, qui comme son nom l’indique est très pratique et chaude mais un peu bruyante et pas très confort. Alors ce sac de couchage, c’est royal !

Ce fut une bien belle nuit.

 

Mercredi 13 août

Un peu moins dans mon nombril, je sors du champ, reprends mon chemin, continue de me perdre un peu. Je récupère cette RN 340 qui me fait passer le long d’une côte quelque peu insipide.

Au bout d’une heure de trajet, le vent se lève, forcit, forcit, forcit. Il tournoie, il hésite puis me gifle en rafales tantôt coté route, tantôt vers le bas coté.

Ca me fait rire un peu, au début, mais ça devient excessivement dangereux par moments car, que je fasse des écarts c’est une chose mais les camions, les caravanes en font aussi…l’idée est d’éviter de se retrouver sur la même trajectoire. Je pose pied à terre et marche pendant de longues minutes à coté de Caracolès. Je me réfugie dans une station service et décide de ne rouler que la demi-journée.

Je me pose à L’Ampolla, juste au nord du Delta de l’Ebre. Comme ça demain, je vais pouvoir le traverser tranquillement. Au coucher du soleil, alors que je popote, une nuée de moustiques s’attaquent à mes jambes, mes bras…fatigué par cette journée à lutter contre le vent, j’entame un carnage puis, me revient cette phrase en tête, un peu limite mais tellement vraie :

« C’est en voyant un moustique se poser sur ses testicules qu’on réalise qu’on ne peut pas régler tous les problèmes par la violence. »

Je mets un tee-shirt manches longues et enfile mon pantalon.

 

Jeudi 14 Août

Le vent s’est calmé. Je traverse, comme prévu, le Delta de l’Ebre, un des plus grands delta d’Europe. Complètement orienté sur la monoculture du riz et quelques pieds de maïs, avec en prime le survol d’un avion soit pour arroser de produits anti-moustiques soit des produits type engrais. Mouai. Quelques belles images quand même.

Je passe une bonne partie de la journée sur le vélo. Je quitte la Catalogne pour entrer en Castille, province de Valencia. Je cherche des routes secondaires pour zapper le plus possible cette RN 340. Parfois, j’y arrive, d’autres fois, je me perds. Les côtes deviennent rocheuses, le paysage change, ça fait du bien. Je me baigne. Le soleil cogne fort. Toujours peu de monde dehors, je veux dire disponibles et accessibles, à moins que ce ne soit moi ! Je croise 2 français à vélo, pas bien causant. Sur la même route mais pas sur le même chemin, c’est ainsi. Je me rends compte que je suis bien seul. De Bénicarlo à Peniscola, je circule sur une « promenade » le long des plages.

Les gens sont là, nombreux, grouillants. Peniscola est un cul de sac avec un joli fort au bout. Je me ferai bien un petit arrêt tourisme. Hop. Je me rends compte de la date, j’avais zappé la journée « off » de lundi, donc je me croyais un jour plus tôt.

Quant est-il de mes communautés en Espagne ? De mes dates plus ou moins prévues ?

Je serai à Valencia d’ici 2 jours. Je sais que je vais loger chez Maïté, via bewelcome mais je n’ai toujours aucune nouvelle de lieux à rencontrer.

Par contre, au moins 2 endroits sont ok pour que je les visite. Ils sont en Andalousie….à suivre…j’ai dit « hop tourisme » !

Petit tour en ville, visite du fort, de la cathédrale, des boutiques souvenirs…entre l’histoire chargée de sens et le sens qu’on en fait, chacun à sa manière…un monde tellement pluriel, voire duel, pour le vacancier, « je consomme donc je suis » et pour le vendeur, « je vends donc je vis ». Et moi dans tout ça, je consomme quoi, je vends quoi ? Toujours est-il que les visages des uns et des autres restent fermés. Et le mien ?

Ces temps d’introspection sont super intéressants. Ils me reconnectent aussi avec une certaine réalité qui n’est peut être pas la plus belle à voir mais qui est bien présente, autour de chacun de nous et ne doit pas être occultée. Commencer mon pèlerinage par des lieux magiques et des personnes bienveillantes m’a montré que certaines choses étaient possible. Aujourd’hui je vois, bien que je le savais, le chemin à réaliser. Cette route n’est pas encore terminée. Il reste tant de kilomètres, de rencontres probables et improbables, pour user et chahuter ce concept de sérendipité.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Vendredi 15 Août

Ce matin, j’ai pas envie. RN 340, ma route, mon chemin, mon amour, ma douleur, ma croix (!), tu es loin d’être belle, tu es fade, tu es tout sauf un lieu de rencontre, surtout en ce 15 Août…mais c’est toi qui me mène au moins jusqu’à Valencia alors je ne vais pas faire la fine bouche et tenter d’explorer tes charmes insoupçonnés. Pourtant, je ne sens que tes odeurs de merde et de mort, je n’entends que tes vroum, même les cigales ont abandonné l’idée de se faire entendre. Je ne vois qu’abandon, isolement et déliquescence de ce drame qui se joue depuis 2008, je suppose.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Alors est-ce que la misère est plus belle au soleil ? Est-ce que le cœur des hommes et femmes  vivant ici est aussi sec que le paysage ?

Il existe des études passionnantes sur ce thème, l’impact du climat d’un territoire sur les hommes. Car ce climat, il influence les végétaux, les activités humaines, donc l’économie et les paysages. Finalement, il impacte les hommes, leurs comportements et leur vision d’appréhender la vie.

Diaporama de la 1ère partie des images qui seront exposées.

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Au bout d’une zone industrielle pour quitter la grosse ville portuaire de Castello, dans une station service déserte, entourée de routes, périphériques, panneaux publicitaires, enseignes montant loin dans le ciel, alors que je cherche en vain de l’eau, deux auto-stoppeur surgissent du néant. La vie ! Une énergie incroyable. Ils sont perdus, vont dans les montagnes aux alentours pour se baigner dans des sources d’eaux chaudes naturelles. On reste quelques minutes ensemble à manger du mauvais chocolat mais surtout à partager cette humanité qui nous manque tant !

Un rayon de sourire a perforé la terne carapace de ce jour. Je reprends mon chemin avant que l’orage n’éclate, il me reste un bon peu de kilomètres à faire pour trouver un spot pour dormir. Quelque temps après les avoir quitter, un coup d’oeil sur mon compteur, la barre des 1 500km vient juste d’être passée, ici, entre des routes à plusieurs voies de circulation, je trouve un endroit idéal pour immortaliser symboliquement ce moment. Une longue route déserte entre une autoroute et les bâtiments d’une entreprise qui s’entendent à l’infini !

1500ème km

Juste la fin de la zone industrielle, des champs d’agrumes, je bifurque, m’enfonce et trouve un endroit idéal où planter la tente. Au pied d’un vieil arbre sur les bords d’une carrière, restera-t-il longtemps encore ici ?

Le vent se lève, tournoie, l’orage arrive. J’en profite pour me rincer sous la pluie.

 

Samedi 16 Août

Je suis à peine à 50 km de Valencia. Cette journée sera donc tranquille. J’ai rendez vous chez Maïté vers 17h, étant en France, je serai avec son coloc Alejandro.

Je traine un peu dans la tente. Vers 8h, je me lève enfin. Alors que je suis au petit déj, un fermier arrive vers sa cabane située non loin de l’endroit où je suis. Surpris de me voir là, on se salut.

Vers 9 h un bout, mon paquetage est prêt. Je fais demi tour et entend un bruit inconnu. Petit tour de Caracolès et de son extension 1.O. La roue de cette dernière est crevée. Faux départ. Je déballe et répare. Un fil de fer s’est logé dans le pneu. Sauf que je ne trouve pas le trou. J’ai beau gonfler, mettre sous l’eau, aucune bulle. Je décide de reprendre la route et avec un peu de chance, ça tiendra jusqu’à Valencia. Après 15Km, là c’est un fait, je ne peux pas continuer ainsi. Ça tombe bien je voulais m’arrêter pour faire une photo de ça (cf  » La progression » image 13h36, le 16/08).

Redéballage, ce coup-ci je mets la chambre à air gonflée à bloc dans la casserole. Ah oui, il y a bien un petit trou. Repérage avec un stylo et attente que la colle sèche. Petit thé, turron et message facebook feront l’affaire ! J’ai de la chance, c’est un temps parfait pour crever et je ne suis pas pressé. Certaines personnes s’arrêtent gentiment et me proposent leur aide.

Je reprends la route jusqu’à Valencia. En attendant 17h, je m’allonge dans le lit d’une ancienne rivière qui fait le tour de la vieille ville et qui a été transformée en parc, jeux, jardin botanique…..je choisis l’ombre de Ceiba speciosa.

Diaporama de la 2nde partie de l’exposition

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D’autres images et vidéos sont visibles à la page « La progression » du site.

EXPOSITION 8

Pris dans mes pensées tout au long de cette route, j’en ai oublié de chercher un lieu idéal pour l’exposition des images du Maquis. Finalement, arrivé à Barcelone, haut lieu de l’histoire de l’anarchie libertaire (plus d’info en prospectant sur votre moteur de recherche favori avec les mentions « anarchie libertaire à barcelone »), je pense que ce n’est pas plus mal. Ainsi, les 13 images du Maquis sont affichées sur l’un des murs du Centre Social Auto-géré Can Vies.

Voila ce que ça donne:

IMAGE EXPO-8687W

IMAGE EXPO-8690W

IMAGE EXPO-8689W

No Pasaran!

 

et voici les images de l’expo

 

ETAPE 5 : Le Maquis (Bois-Bas) – Barcelone

 

Jeudi 31 Juillet

Départ du Maquis vers 17h…le temps de dire au revoir à tous les gens rencontrés sur le camping mais aussi éviter de reprendre le vélo. Les derniers kilomètres pour arriver ont été tellement dur que j’appréhende la remontée sur Caracoles. Quand il faut, il faut…Faut juste trouver le bon moment, avoir réellement envie..ça permet aussi d’éviter les grosses chaleurs qui sont de retour.

Je pars donc avec une sensation étrange, certaines choses se sont passées ici et ça fait du bien de s’y confronter.

Je profite du moelleux de cette fin de journée pour, finalement, m’éclater sur le vélo, des pensées, des visages, des mots dans la tête, des émotions dans le corps et le paysage qui défilent à toute vitesse devant les yeux.

La descente du Bouys est douce, belle, amer et trop rapide…(cf la vidéo dans la rubrique « progression »)…vers la fin, une voiture me double avec Rebecca, sa nièce et l’ami de sa nièce. Sacré personnage. Rebecca, je t’emporte avec moi jusqu’à Séville voire plus loin.

L’oxygène abreuve mes synapses. Je trouve un coin super sur les berges du Canal du Midi, près de Ventenac, pour y poser la tente et le reste !

Vendredi 1er Août

L’objectif d’aujourd’hui est d’atteindre Narbonne, prendre une chambre d’hotel et passer la journée dedans à éditer les images, monter les vidéos, les publier sur le net et mettre à jour le site. Ca tombe bien, la météo annonce de violents orages dans la région. Mission réalisée avec succès. Je peux repartir l’esprit plus tranquille.

 

Samedi 2 Août

Je pars tôt. Un sentiment de tristesse grandit au fur et à mesure que je pédale. L’idée, peut être, que l’année dernière je faisais cette route en sens inverse dans un état d’esprit complètement différent. Il a aussi, bien sur, certains événements qui font remonter des choses pas très gaies puis des rencontres qui font réfléchir…bref, le temps est maussade à l’extérieur comme à l’intérieur, la route est plate et bien tracée….je roule.

A Port La Nouvelle, la tristesse est à son paroxysme. Je décide d’agir efficacement, un bon éclair au chocolat et une grille du loto.

 

 

Le vent se lève. Les pistes cyclables s’enchaînent, presque monotones. Je roule toute la journée…en fin d’après-midi, j’aperçois les Pyrénées au loin et surtout les nuages noirs qui les surplombent. Le tonnerre gronde. J’avance pour quitter la zone touristique et me trouver un coin pas trop désagréable pour la nuit et, si possible, avant l’orage qui se rapproche. Vers 17h, de grosses gouttes s’éclatent sur mon casque, ça fait de gros splotch. Vite, une route à droite, des champs, une entrée, au fond, à droite, je longe le champ, un bosquet. Yes, ici c’est bien. L’orage éclate quelques minutes plus tard. Je suis sous la tente au sec. C’est bel !

Dimanche 3 Août

Aujourd’hui j’attaque les Pyrénées. Je m’arrêterai à Cerbère (soit une 30aine de bornes) car il y a un colis en poste restante qui m’attend. Ce sont des connectiques qui me permettent de charger mon ordinateur sur une batterie (récupérée à Montpellier) et ainsi gagner en autonomie.

À peine sur la route principale, je vois 2 cyclotouristes devant moi. J’essaie de les rejoindre…ils sont stoppés net car, sur la piste cyclable, une joggeuse s’est arrêtée pour les laisser passer et un autre vélo lui est rentrée dedans, à la joggeuse. Je m’arrête à mon tour pour voir si je peux aider à quelque chose. Je reprends vite le chemin, il n’y a rien de grave et ça commence à gueuler. Ils me retrouvent à l’office de tourisme d’Argelès. Mathieu et Roberto cherchent aussi une route sympa pour passer la frontière. Du coup, on fait un peu de chemin ensemble. Ils sont plus rapide donc ils partent devant et on se rejoint de temps à autres.

Les choses sérieuses commencent après Port-Vendre. Il fait chaud et le dénivelé s’accentue inexorablement ! Puis une fois en haut, une jolie descente aussi longue de quelques kilomètres et ainsi de suite jusqu’à Cerbère. Les paysages sont chouettes, les automobilistes relativement prudents. Toutes les excuses sont bonnes pour faire une petite pause, une photo, regarder la mer, discuter avec Mathias, mettre des chaussettes dans mes savates pour absorber un peu la transpiration, boire et boire…on va à peu près à la même allure avec Mathieu, on a perdu Roberto assez rapidement, ils vont tous les 2 à Barcelone et se sont rencontrés 1h avant que je ne les croise !

Roberto vient de Rome et Mathieu de Nice.

 

 

La pancarte de Cerbère. On fait une petite photo Mathieu et moi. Puis Roberto nous rejoint. Il a prit un temps pour regarder la mer plus haut !

Mathieu nous paie un coup à boire, c’est finalement là qu’on fait un peu plus connaissance. Ils reprennent la route. Je trouve à me loger et direction la plage. Pas de chance, le drapeau est rouge dû aux forts orages de la veille. Je fais trempette quand même et bien que court, ça fait du bien !

Images issues de la 1ère partie du trajet, jusqu’à la frontière.

 

 

Lundi 4 Août

 

Au programme aujourd’hui, après avoir récupéré le colis à l’ouverture de la poste, passage de la frontière, à 4 kilomètres de Cerbère.

Encore une belle journée, chaude et avec beaucoup de dénivelé. Pas forcément importants les dénivelés mais ils s’enchaînent. Ça monte et ça redescend. Je passe la frontière rapidement et découvre la signalétique espagnole. (Je vous conseille la vidéo « le col des Belitres » dans la rubrique « progression » si vous souhaitez voir ma trogne en plein effort!)

Les routes sont belles, assez larges. Avant de quitter le littoral à Llança, je fais un plouf bien appréciable. Je me rince un brin avec l’eau de ma bouteille. Elle est plus fraîche que la mer !

J’entame une portion moins sympa, je rentre dans les terres, il fait chaud, beaucoup de circulation, le vent de face.

Hâte que ça se termine. Une bonne pause pour déjeuner à l’ombre et micro sieste entrecoupée de piqûres d’insectes en tout genre. Je reprends la route vers 15h. La route renvoie la chaleur de la journée. Je fais quelques pauses pour de l’eau, acheter des fruits, légumes et penser aux prochains repas.

Je décide de faire quelques détours pour éviter les routes trop passantes. Ça devient plus agréable. Vers 17h30, claqué, je cherche un coin pour mettre la tente. Je n’ai plus mes repères, je mets un peu plus de temps à trouver un spot sympa.

Une entrée de champ à quelques centaines de mètres d’une habitation. Je fais quelques étirements, regarde le paysage, plante la tente et je vois arriver un 4×4. C’est le propriétaire du champ. Il vient vérifier qui je suis et ce que je fais. Il parle un chouillat français. Il semblerait que j’ai l’air sympa. Il me laisse dormir ici ce soir.

Comme chaque soir, je me régale à m’allonger sur le matelas et juste rien faire. Un peu de lecture et dodo.

Mardi 5 Août

La résolution est prise, je pars aussi tôt que je peux pour bien avancer le matin et y aller piano l’après midi, avec une petite sieste si elle s’impose. Je traverse la plaine de l’Empordà. A Toroella, je tombe sur une piste cyclable, splendide, ombragée, elle me fait passer entre chemins vicinaux et petits villages. Une 10aine de kilomètres très agréables. Petite pause à La Bisbal et visite de l’office de tourisme pour m’enquérir des routes sympa, une autre piste cyclable jusqu’à Barcelone, par exemple ! Il n’y a plus de piste avant la côte. Et pour la rejoindre, je dois traverser le massif des Gavarres. Un petit col, bien sympa tout en faux plat plus ou moins faux. Je passe le cap des 1 000 km lors de l’ascension.13

 

La descente me ramène sur vers la mer. Pour fêter ça, je me paie un petit resto sur la promenade de la plage de Platja d’Aro.

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J’en profite pour faire sécher la toile de tente. Je pense prendre un peu de temps mais le vent se lève au Nord, Nord-Est, il est dans mon dos et quelques nuages poussent dans le ciel. Je révise mon plan et enfourche Caracolès pour profiter de ces conditions et parcourir la Costa Brava sur la route mythique ( ?) Gi 682.

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C’est marrant, je ne la savais aussi sportive cette côte. C’est un peu les montagnes russes comme au niveau des Pyrénées mais avec peu de dénivelés et relativement courts, m’enfin, ça monte suffisamment longtemps pour appuyer de longues minutes sur les pédales si je veux avancer. Ce yo-yo dure sur 15 km. Montée de 1 km, descente de 1 km, montée, descente, montée, descente…Je ne vais toutes vous les faire mais je vous assure que c’est juste un peu trop long…d’ailleurs Caracoles en a marre aussi et gentiment, en toute simplicité, il décide de se casser 2 rayons de ma roue arrière en haut d’une côte. Ca faisait quelques longues minutes que j’entendais un bruit étrange! Je me borde sur le coté, tranquillement mange une petite douceur. A peine ai-je pris une bouchée qu’un cycliste surgit, descend de sa monture et me demande ce que j’ai. Je lui montre mes rayons. Aïe, ça semble grave. Personnellement, je n’y connais pas grand chose. La dernière fois que j’ai crevé, ça devait être sur mon Bi-Clown, y a 20 ans ! Sinon, j’essaie de ne pas trop trifouiller tant que ça roule bien. Bref, il me montre comment dévisser les rayons. Il me propose de m’accompagner jusqu’à Tossa (à 8 km) comme ça si j’ai un souci, il est là. Sympa ! Il me desserre le frein aussi pour limiter au maximum la pression sur la roue. J’ai pas fait 100 m que bam, encore 2 rayons. Ca se complique sérieux. Lorsque j’en dévisse un, je me trompe de sens….donc je crève ma chambre à air.

« – Ahahah, a real beginner » me dit-il.

« – Héhé, et je suis là pour apprendre ! »

Bon, ça ne le fait pas trop rire, il sent la galère et mesure le poids du « contrat moral » qui me lie à lui depuis qu’il s’est arrêté ! Il me demande si ça ne me dérange pas de l’attendre ici, il va chercher sa voiture et me ramène à Tossa. Ah bah, une proposition comme ça, ça ne se refuse pas du tout, bien au contraire. Il y a pire endroit pour être en galère. Je vais l’attendre 2 heures, à l’ombre d’un chêne vert à regarder tantôt la falaise tantôt la mer.

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Il m’amène directement au seul camping du centre ville. Dans la voiture, qui est plus un mini bus et heureusement vu la taille de mon barda, il me dit qu’à une époque il y avait un magasin de vélo à Tossa. Existe-t-il encore ? Et si il existe, aura-t-il de quoi réparer sur place ? Sinon, il me parle de l’option d’aller à Girona en bus, avec ma roue. J’y trouverai à coup sur une solution. Ok, si il le faut…

Au camping, je demande un emplacement et le magasin. Il est 18h40, il ferme probablement à 19h. J’ai à peine le temps de demander à Godfried son adresse et de le remercier que je suis sur le peu de Caracolès qu’il me reste. Ensemble sur la route du magasin.

Là-bas, je suis reçu par un vieux briscard à la gueule d’amoureux de la petite reine. Il regarde Caracolès comme si c’était un bonbon en cristal…je le laisse prendre les choses en main et n’en perds pas une miette. A peine 15 min plus tard, c’est fini. Réparé. Comme neuf. Il me dit dans un français hésitant nettement meilleur que mon espagnol :

« – Je te fais le prix longue distance…5 € ».

Je retourne au camping m’installer, prendre une douche puis je ressors boire une bière à la santé des Autres, ces bonnes Fées qui gravitent autour de nous, à la santé de ma bonne étoile aussi bien sur puis enfin, à la santé de ces 1 000 premiers kilomètres qui auraient pu être les derniers !

Car il faut savoir qu’en regardant mon compteur, ce soir, j’ai appris que j’avais atteint la vitesse de 58,2 km/h et je n’ose pas imaginer ce que ça fait de casser un rayon ou deux à cette vitesse !

Mercredi 6 Août

Je pars un peu tard. Quoi ? de quelle résolution vous me parlez ? Je ne comprends pas…

Je quitte la Costa Brava assez péniblement, je dois avouer. C’est la 1ère fois dans ce voyage que j’enchaîne 7 jours de vélo. Les fesses me font mal, enfin ! je serai tenté de dire. Donc après la collineuse Brava, je découvre la plane Costa Maresme.

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Je suis sur la nationale II. C’est pas très sexy mais bon. Je décide de pousser au maximum le matin jusqu’au début d’aprèm pour ensuite me caler à la plage toute la fin de journée, car je sais que si je peux atteindre Barcelone aujourd’hui ce sera tard et très fatigué. Ça ne donne pas très envie.

Donc, j’avance et rode un coin sympa. J’arrive sur Mataro vers 14h, tout est fermé et je ne vois plus de camping sur la route. J’y mange, me repose. Vers 16h, je repars. Il va pleuvoir et j’aimerai savoir où je vais dormir avant l’avalasse. Trop tard. Je me réfugie sous un porche. Puis demande à quelqu’un un endroit où passer la nuit. Il y a l’hôtel là à quelques minutes, sinon faut faire plus de kilomètres. Ok, c’est raté pour la plage. Du coup, je prends un bain dans la baignoire de l’hôtel !

Jeudi 7 Août

Je prends tranquillement mon temps pour faire les quelques 27 km qui me séparent de Barcelone. Je pars vers 9h30 pour éviter le flux des travailleurs et pour que les offices de tourisme soient ouverts. Je ne sais pas où je vais dormir, malgré mes demandes sur Couchsurfing, Bewelcome et Warmshower, les quelques réponses que j’ai sont négatives ou les gens se désistent au dernier moment ! Ce sera donc une auberge de jeunesse.

J’arrive en fin de matinée. Les rues sont remplies de touristes, tout ce monde, ces voitures, dans tous les sens et avec ma remorque, c’est pas commode du tout…je me réfugie vite à l’auberge. Vers 18h30, j’ai rencard avec Yves (un dalon de La Réunion) pour boire une bière. On passe la soirée ensemble avec son fils. Un petit air de vacances !

Images issues de la 2nde partie du trajet, de la frontière à Barcelone.

ESCALE 4 : Le Maquis

 

J’ai mis un peu de temps à écrire ces lignes car l’expérience vécue au Maquis a été très particulière. Les lieux précédents avaient tous un je-ne-sais-quoi d’insaisissable, de lunaire, dans le sens de détaché de la vie « contemporaine ». Le Maquis, c’est différent. C’est concret. C’est frontal. La communauté s’est formée autour d’un projet de ferme collective d’agriculture paysanne pour sortir les terres agricoles de la spéculation foncière et leur redonner leurs fonctions premières. Nourrir le vivant en utilisant des procédés durables et respectueux et en développant des liens sociaux de proximité. La terre a un rôle économique mais surtout un rôle social et environnemental.

Je me faisais une joie de rencontrer les membres du Maquis, de comprendre et de tenter de transmettre leur démarche dans ce billet. Tout en sachant très bien que ce n’est pas en quelques jours que je peux saisir l’incroyable imbrication des relations qui se jouent au quotidien entre les membres, entre les membres, la terre et le projet et, entre la communauté et l’extérieur.

Mais je n’ai pas pu ni les interviewer, ni les prendre en photo.
Si j’ai été très bien accueilli en tant que personne, j’ai été mal perçu en tant que photographe. Pourtant, j’avais pris soin de les contacter au mois de mai pour leur présenter le projet et leur proposer de participer puis pour confirmer ma venue et les dates prévues.

Apparemment, les informations n’ont pas circulé comme le fallait et/ou n’ont pas été comprise par l’ensemble du groupe. Or leurs décisions sont prises collectivement.
De leur coté, tellement pris dans le rythme effréné journalier pour tenir la ferme et faire, en plus, la préparation de la saison (ils ouvrent un camping participatif pour l’été), c’est tout à fait compréhensible que mon projet ne soit pas leur priorité. C’est juste dommage que cette situation n’ait pas été éclaircie avant la veille de mon départ.

Ce qui est intéressant est que leur refus est catégorique contre l’image sous toutes ses formes. Ils ont conscience de la force de l’image et ont la hantise qu’elle puisse pervertir leur réalité. De ce fait, ils ne recherchent aucune médiatisation et préfèrent le concret, le lien et le palpable pour que l’interlocuteur se fasse une idée de ce qu’ils vivent. Leur engagement est profond, ils se donnent corps et âmes. Ils sont le projet. On ne peut pas s’imaginer l’intensité de cet investissement personnel si on ne le vit pas. Donc mon approche d’observateur de quelques jours s’apparente à leurs yeux à une semaine de vacances alternatives !

Au Maquis, on ne vit pas le rêve d’un monde meilleur, on vit le combat qui y mène. C’est un combat aux forces inégales. Mais c’est une lutte nécessaire et juste. Néanmoins, le collectif est fragile. La charge de travail est telle que les membres n’ont que peu de temps pour eux et la pression des banques qu’ils doivent rembourser est un fardeau au goût amer. C’est le prix de l’autonomie en proposant une alternative viable et festive. De plus, certains quittent la communauté et d’autres en partent. Ils sont donc à la recherche de 4 ou 5 personnes pour intégrer leur projet et ainsi mieux repartir les temps de travail.

 

Je vais quand même vous en dire un peu plus sur ce projet collectif en reprenant des éléments présentés dans le livret des campeurs 2014 qu’ils mettent à disposition à l’accueil.

Actuellement, le collectif est composé d’une dizaine d’adultes et de 2 enfants qui partagent le lieu de vie, les valeurs et le travail. Ils sont paysans ou en passe de l’être. Leurs valeurs communes sont :

  • L’abandon de la propriété privée ; les terres n’appartiennent à personne et à tout le monde
  • Le non enrichissement personnel ; tous les salaires des membres du collectif sont reversés à la caisse commune et chacun y pioche selon ses besoins et dans la limite du stock !
  • Développer l’agriculture paysanne et la faire perdurer ; ça veut dire prendre des positions intraitables concernant l’imposition de lois inappropriées votées à Bruxelles (par exemple: le puçage des troupeaux (plus d’infos ici ) ou le recours systématique aux antibiotiques)
  • Expérimenter la vie et le travail en collectif

 

 

 

 

 

 

 

Le Maquis est structuré selon plusieurs niveaux. La SCOP Cravirola encadre leurs activités agricoles telles que la fabrication et la vente de fromages de chèvre et de brebis, de pain et de bois de chauffe.

L’association Cultures du maquis est l’outil pour mettre en avant les dimensions politiques, culturelles, écologiques et sociales du lieu. Les activités portées par l’association sont le festival d’été, l’animation et la gestion du camping participatif, les chantiers solidaires, l’épicerie de la ferme (on y trouve tous les produits du Maquis et ceux des producteurs environnants) et la partie bar du Barricade (le bar resto du camping).

 

Diaporama des images réalisées pour l’exposition présentée à Barcelone.

 

L’ activité du camping est précieuse. Économiquement, car elle permet de soutenir financièrement le projet, de contribuer à ce qu’un tel lieu existe. Humainement car c’est un lieu engagé politiquement, un lieu de rencontres, d’échanges, de discussions, de débats qui peuvent être proposés par le collectif ou les campeurs.

Alors qu’est-ce qu’un camping participatif ?

C’est un cadre où il est possible de mettre en place des activités d’animations et de participer aux activités de l’association. Des tableaux sont disposés autour du lieu stratégique du bar. Ils servent de modes d’emploi pour s’organiser : planning des répartitions des tâches, propositions d’ateliers, co-voiturages et demandes en tout genres.

Les campeurs peuvent également donner un coup de main au bar, à l’accueil, au cinéma etc.. ainsi que pour les toilettes sèches et poubelles, le rangement de l’aire de jeu/bibliothèque, la piscine, les pluches des légumes, faire le crieur public, ou aider à la billetterie les soirs de spectacle…

Pour structurer tout ça, il est prévu, tous les lundi à 19h30, une réunion des campeurs. Elle sert à mettre en place le planning d’activité pour la semaine. C’est aussi l’occasion de créer du lien entre les membres du collectif, pas toujours disponible, et les campeurs. Cette rencontre permet à la vie participative de s’organiser et de rendre le lieu vivant, animé et enrichissant.

 

 

 

 

 

 

Au moment où j’ai visité Le Maquis, il y avait plus d’une 100aine de campeurs, de plusieurs nationalités, de tout âge et une mixité sociale importante. L’auto-gestion fonctionne relativement bien, la marge de liberté est vaste, s’en est déconcertant, et s’inscrire dans les activités participatives permet de rencontrer du monde. Les gens reviennent d’année en année et font passer le mot à leur retour de vacances. Il faut signaler que Le Maquis se trouve à quelques kilomètres de Minerve, une région idéalement située entre Toulouse, Montpellier et Perpignan. Le climat y est chaud et le vin très agréable !

Les personnes présentes ont cette envie de passer du bon temps, de rencontrer et de partager. Bref de trouver un vivre-ensemble simple et de la bienveillance naturelle ; du coup, la bonne humeur règne et l’ambiance est légère.

Un dernier point très intéressant du projet est la mise en place de passerelles entre les campeurs et les activités de la ferme. Une visite guidée de la traite est proposée ainsi que des rencontres pour discuter du projet et de sa gestion. Ces dispositifs de médiation sont super car ils permettent de sensibiliser et diffuser les informations autour de leur vie d’agriculteurs paysans. Et d’insister sur cette mission de redonner aux terres leurs valeurs paysannes.

Infos-contacts :

http://www.cravirola.com/

 

EXPOSITION 7

J’expose au Maquis, les images de la route qui m’a mené du Hameau des Buis à lui.

Je pensais pouvoir accrocher les images dans les arbres face au bar mais le temps, le vent et la pluie en ont décidé autrement. Je me réfugie entre le bar et la bibliothèque.

L’installation se fait mercredi 30.

Pour des raisons particulières, je n’ai pas d’image de cette exposition.

Voici les photos présentées:

ETAPE 4 : Le Hameau des Buis – Le Maquis

 

Samedi 19 Juillet

Le départ se fait sous une pluie fine. Un dernier temps de discussion avec la famille de Corinne. Départ vers 10h45, toujours la même sensation, content de reprendre la route et de pédaler vers une autre utopie. Ce passage au hameau m’a beaucoup apporté. L’impression d’avoir remis les pieds sur terre après l’énergie et l’euphorie des 1ères visites. Ici, le chantier de la vie collective se met en place. Et bien sur, c’est pas évident, ça prend du temps. Ça nécessite de travailler sur la résilience et sur des outils de communication collective appropriés à tous les membres.

Direction Alès. Je prends les petites routes, le vent se lève un peu et je n’avance guère. J’atteins Alès et décide d’y manger. Repas fait de jambon et du très bon fromage de Marco du Hameau.

Je découvre cette ville, que je pensais beaucoup plus petite.

Sur la route, je croise peu de gens, juste un enterrement. Je m’enfonce vers la plateau calcaire bas cévenole, vers la mer. La végétation se rapetisse, les odeurs de thym s’intensifient tout comme le chant des cigales…les nuages s’estompent et la chaleur s’installe.

La vigne s’impose dans le paysage. La garrigue aussi. Plus je me rapproche de Montpellier, plus les souvenirs reviennent : « ah, je connais ce coin, qu’est-ce que j’y ai fait ?… »

Je passe les 500km sur mon compteur. Un brin de fierté, beaucoup d’humilité aussi car ça représente à peine 1/5 de la distance estimée.

Image du kilomètre 500image prise avec le télephone portable

 

 

 

 

 

Peu de temps après je cherche un spot pour dormir. Une entrée de champ, je m’enfonce un peu et voilà, le beau champ plat et en friche. La soirée est chaude et belle.

 

Dimanche 20 Juillet

J’ai prévu une escale technique et familiale à Montpellier. Je suis à une 30aine de km de la ville. La pluie est tombée jusqu’au petit matin. Je me lève tranquillement et pars vers 9h. Quelques kilomètres après je passe la borne signalant mon entrée dans l’Hérault.

Je suis près du Pic St-Loup, quelques collines m’empêchent de le voir. Je fais un petit détour pour l’apprécier dans sa majestueusité accrochant les nuages d’orages prévus pour la fin de matinée.

Je reprends plein sud sur Montpellier. Encore un petit détour pour passer dans le centre ville. C’est dimanche, il n’y a pas grand monde, je circule paisiblement.

Arrivée juste pour l’apéro. C’est bien !

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Je reste 3 nuits. Le temps de récupérer quelques affaires et d’en laisser d’autres. Faire vérifier le vélo aussi…le couinement provenait de la colonne de direction qui était mal ajustée. J’ai eu de la chance de ne pas la casser et par la même occasion finir dans un fossé !

Je mets en place l’exposition le mardi matin, dans un square face au salon de thé où j’allais souvent à l’époque de mon passage à la fac de montpel’. Je trouve l’expo sympa et la scéno très réussie (cf rubrique « Expositions », article Exposition 6).

 

Mercredi 23 Juillet

Départ vers 10h30, chargé de bonne bouffe. Direction la mer que je vais longer jusqu’au Cap d’Adge. Je prends la piste cyclable qui mène à Lattes et croise quelques cyclistes qui vont à la mer. Je bifurque vers Maguelone avant d’atteindre Palavas. Pour l’instant, le temps n’est pas trop chaud et le vent faible. Je longe les étangs, fais coucou aux flamands rose encore blancs, bien plus intéressés par le fond de l’eau que mes salutations. Je vois la mer juste derrière la cathédrale.

Je pense pouvoir rouler à coté de la mer jusqu’à Sète. Je fais quelques centaines de mètres et m’enfonce de plus en plus dans une bande entre la mer et un étang, sur un sol mélangé de galets et de sable….il devient vite impraticable. Je demande mon chemin à un plagiste et comprends vite que je dois retourner sur mes pas et continuer la piste que j’avais quittée à Maguelone, il y a une petite demi-heure.

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Je reprends mon chemin sur cette piste relativement praticable, droite, plate et monotone. Je suis seul. Face à moi au loin, la colline de Sète. Le soleil est éclatant, la chaleur se fait plus lourde et le vent forcit. La méditerranée ! Je pense que les plus belles routes, vallonnées et ombragées sont derrières moi, j’entre dans l’anti-chambre de la fournaise.

J’arrive à Sète un peu desséché, je dois prendre soin de bien m’hydrater régulièrement et plus encore !

La ville, le monde, les voitures, la transition est assez brutale. Je rôde un sandwich, un perrier et un coin à l’ombre. À peine installé qu’un homme vient me voir. Il parle fort, fait de grands gestes. Il est en colère car il ne peut plus faire de sport à cause de ses genoux mal soignés par des médecins. Infections nosocomiales, guillaume depardieu, erreur médicale, tous pourris. Je savais que mon voyage, mon vélo et la remorque apportaient le rêve, stimulaient la curiosité, pouvaient procurer l’envie et je découvre qu’ils peuvent aussi bien provoquer la jalousie. Entre deux tirades, Lassen casque de vélo vissé sur le crâne, en profite pour engager la conversation autour de mon voyage et de celui qui l’a emmené jusqu’à Paris l’année dernière. Merci Lassen.

Il se fait déjà 15h, si je veux dormir sur les berges du Canal du Midi autour de Béziers, je dois reprendre la route.

Je monte sur la corniche de Sète, que je ne connaissais pas. Très belle vue, je comprends enfin Brassens, que j’imagine un peu plus haut à regarder l’horizon du sommet de son promontoire.

Je double un vieux monsieur un casquette de marin sur la tête chevauchant un vieux vélo avec plein de fruits et légumes sur son porte bagages. Je lui dis bonjour et pour réponse j’entends :

« – tu veux un melon ? Dis, tu veux un melon ? »

Il me laisse choisir un melon. Il est content ça en fait un de moins à porter. C’est le 4ème qu’il donne depuis la fin du marché !

Je le mangerai avec plaisir ce soir.

Je poursuis jusqu’au Cap d’Agde sur une piste cyclable entre la mer, les dunes interminables et les parkings tout aussi interminables de l’autre coté.

À la fin de la piste, pas de panneau de direction. À toi de choisir à gauche ou à droite !

Je prends à gauche et essaye de contourner Agde pour rejoindre la route qui me mènera au Canal du Midi, d’ici quelques kilomètres. L’aventure commence ! Finalement, je me retrouve sur une cote à 2 voies avec une 3ème sur ma droite qui mène sur l’autoroute. Je passe quelques minutes à me faire doubler par la gauche et par la droite. Je finis par entrer dans Agde. Je demande mon chemin. Je m’aperçois des limites de ma carte au 1/100 000ème, et google map sur mon petit téléphone n’est pas très pratique.

Bref, les indications d’une dame sont claires et une fois arrivé à la sortie de Agde, le chemin prévu, la départementale 612, est interdite aux vélos. Je fais un petit tour pour voir si d’autres alternatives s’offrent à moi. Apparemment rien. Un coup d’oeil sur la carte, peut être une route toute aussi passante à l’autre extrémité de la ville. C’est dommage car le canal tant rêvé se trouve à 2 kilomètres à peine après cette route interdite. Tant pis ! Je m’engage. Quelques autos me klaxonnent en faisant des gestes. Si si, les autos font des gestes! Je pédale. Passe sur un pont au dessus du Canal. Je bifurque à la 1ère à droite pour tenter de le rejoindre. Quelques centaines de mètres et je tombe sur une autre route réservée aux voitures. Il n’y a pas de sortie pour accéder au chemin menant au Canal qui se trouve juste là, en contre bas, je le vois. Re tant pis, je prends la sortie à contre sens, en serrant les fesses et en me faisant tout petit petit….à quand la route partagée partout ou des itinéraires cyclables complets et cohérents !

Enfin sur les berges du Canal du Midi.

Je fais encore quelques kilomètres le temps de me remettre de mes émotions, cherche un coin sympa pour poser la tente. Un marais avec flamands rose, limicoles  et autres canards. Parfait. Je me régale de mûres présentes dans les haies alentours.

J’appelle Le Maquis, le lieu vers lequel je me dirige, pour confirmer mon arrivée que j’estime en début d’après-midi le lendemain.

La journée a été longue, je profite doucement de la soirée.

 

Jeudi 24 Juillet.

Réveil aux sons de l’envol des flamands et de leurs discussions enflammées. Je pars tôt. La route du Canal est agréable, la piste très confortable. Je croise plus de monde. Passage des Ecluses de Fonséranes, de lieux chargés d’histoires et de vieux villages.

Il fait clairement chaud. Le soleil pique. Parfois la piste se transforme en chemin étroit et chaotique. Les paysages sont sympa, les kilomètres se gagnent difficilement.

Je fais le choix de rester le long du Canal plutôt que de reprendre la départementale. Je préfère le calme champêtre à la tempête de chaleur et des camions roulant pleins gaz.

Je quitte le Canal à Argeliers, il est 13h, je trouve un petit bar pour manger. Après le repas, je vais sur la place du village et me repose à l’ombre des platanes.

Je reprends la route vers 15h. J’arriverai sûrement tard au Maquis car mon énergie est mise à rude épreuve avec cette chaleur.

L’après midi sera chaude, longue et pénible. Chaque petite cote demande un gros effort, je ne pédale plus, je mouline. J’atteins difficilement Minerve, il est 17h. J’essaie d’appeler Le Maquis pour savoir où ça se trouve…pas franchement envie de faire ne serait-ce que 1km de trop ! Je suis cuit, complètement cuit. Il n’y a pas de réseau. Je demande à une femme de Minerve. Elle m’explique la route et me prévient que la prochaine montée sera longue, très longue et potentiellement difficile. En général, les gens ont tendance à exagérer vu qu’il fait chaud, que faire du vélo dans ces contrées est assez dur. Je m’engage sur la route prévue. Entame la montée, c’est raide et costaud. Je mets le pied à terre plusieurs fois. Allez encore un effort le sommet semble être derrière ce virage. La pente est moins raide mais le sommet toujours invisible. Je monte inexorablement sur le plateau. Je titube, j’halète. Pied à terre. J’en peux plus. Les cuisses brûlent. Brûlent, brûlent. À un moment, je décide marcher pour détendre mes muscles tétanisés.

Je remonte sur le vélo. Enfin une antenne pylône en vue, c’est le sommet. Hé bien non, toujours pas. La végétation de maquis a laissé la place à des chênes verts et érables. Un peu d’ombre. Le vent reste fort et de face. J’atteins ce sommet tant espéré plus d’une heure après avoir entamé la montée. Depuis le début, je n’ai jamais eu aussi mal. Vraiment mal.

La descente de l’autre coté est agréable, les paysages splendides. Je suis bienheureux de les voir. Peu de temps après, je bifurque pour atteindre Bois-Bas et Le Maquis. Une autre montée. Étonnement, je l’avale sans aucun problème, j’ai repris mes forces. J’arrive juste à la fermeture de l’accueil du camping participatif du Maquis.

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ESCALE 3 : Le Hameau des Buis

 

Corinne, la personne chargée de m’accueillir, m’avait prévenu. L’école est finie depuis quelques jours, beaucoup de familles sont parties en vacances, il n’y a pas grand monde au hameau. L’activité est au ralentie. Je décide de venir quand même, l’idée de découvrir un lieu et ses gens où le lien intergénérationnel est à la base de l’utopie me paraît super intéressant.

L’accueil par la famille de Corinne est très sympa. Après une visite du hameau, barbecue et finale du mondial dans le camping voisin sont au programme.

Je prends doucement possession de l’appartement que je partage avec Alain, venu finir son chantier de la « maisonnette ». C’est chouette, Alain, l’appart, la maisonnette…

Le lendemain, je refais un tour dans les lieux actifs pour me présenter et faire quelques images.

 

 

 

La fromagerie de Marco, le jardin, la cuisine et la salle commune. Je rencontre les quelques bénévoles qui restent durant cette période creuse. La vie du hameau tourne, effectivement, autour de l’école.

Je fais plusieurs aller/retour dans le hameau pour essayer de croiser ses habitants…pas grand monde…

Je passe encore beaucoup de temps à mettre le site à jour. Ça me rend forcément moins dispo… Il commence à faire très chaud, la probabilité de croiser des personnes diminue autant que les degrés montent !

Je sais que je pourrai frapper aux portes mais quelque chose m’en empêche. Je me sens bizarre, un truc comme le fait de ne pas se sentir à sa place. Je me rends compte aussi que, pour l’instant, toutes escales étaient dans des lieux soit pleinement aboutis, soit en pleine effervescence de l’euphorie. Ici, la construction est en passe d’être terminée, alors que le vivre ensemble n’en est encore qu’à ses prémices. J’ai l’impression de retrouver une vie conventionnelle dans un lieu alternatif.

Françoise et Philippe nous expliquent la création et les objectifs du Hameau.

 

Guillaume débarque, jeune osthéo vagabondant à la recherche, et d’un lieu qui lui corresponde, et d’un peu de lui-même. Il apporte avec lui son baluchon de fraîcheur et de candeur. Il ne reste pas longtemps. Quelques jours plus tard, je croise Florence venue également le saluer pour son départ. Elle m’aide à mettre des mots sur mon ressenti. Ce lieu est chargé en intensité, il possède une énergie vibratoire forte voire pesante quand on arrive, qui devient légère dès que le départ se fait sentir.

 

Françoise parle du fonctionnement et des relations du Hameau.

Le fonctionnement:

Les relations:

 

Une fois, le travail du site effectué, je me rends enfin pleinement disponible pour le lieu. Je vais me baigner dans la rivière en contre bas. L’eau fraîche sur le corps et le courant, s’autorisant un petit massage, me font le plus grand bien.

Au fil des rencontres, j’ai l’impression de mieux cerner le lieu et comprendre ce qui se joue ici.

Diaporama des images exposées à Montpellier.

 

Reste la sensation qu’il manque des articulations entre les habitants et les volontaires (bénévoles) mais également des passerelles entre les générations, notamment les actifs et les retraités. La question de l’autonomie financière se pose tant pour le hameau (la structure devant rembourser un gros prêt) que pour les personnes. Le hameau se trouvant relativement isolé, il est difficile pour les actifs de cumuler la vie de famille, l’investissement dans le lieu et le travail. Les écarts de rythmes de vie entre les statuts (actifs et retraités-pensionnés) peuvent amener des incompréhensions voire des tensions.

Ma perception est très limitée car le projet tourne principalement autour de l’école et nous sommes en période de vacances. Je n’ai pas pu prendre la mesure de l’ensemble des interactions se jouant entre les générations. Pourtant, l’utopie est belle et concrète. Le projet se confronte aux réalités et à ses propres contradictions pour avancer étapes par étapes, à son rythme et à celui de ses membres.

Le hameau existe bel et bien en tant que cadre, que structure. Il convient maintenant aux habitants de se retrouver autour d’un vivre-ensemble adapté aux besoins des 3 générations présentes sur le lieu et à toutes les activités développées sur place.

Contacts et informations:

http://www.la-ferme-des-enfants.com/