ETAPE 8: Carricola – Marinaleda

 

Le dernier soir à Carricola, nous partons avec Kike promener Cuzco, le chien, dans le village et faire les dernières images de cette vie qui semble battre longtemps après les derniers rayons du soleil…loin de la chaleur étouffante de la journée !

Jeudi 28 Août

 

Je pars au matin, le soleil à peine levé pour pouvoir rouler avant le pic de chaleur. J’ai fait mon maximum pour faire du bruit (!) et réveiller doucement Tere et Kike mais je n’ai pas réussi ! Je pars sans les avoir embrassés. Je suis donc obligé de revenir une prochaine fois et réparer cet acte manqué !!

 

Hop, en route. Sur les conseils de Kike, je contourne la sierra de Benicadell pour rejoindre la côte d’ici 2 jours max. Ça me permet d’éviter Alicante et son béton et de profiter un peu de l’arrière pays sauvage et de ses douces pentes des sierras alentours.

Dorénavant, mes journées de vélo seront clairement de partir entre le lever de soleil et 8h, rouler jusqu’à 12/13h….laisser passer le plomb de la journée et repartir vers 16/17 voire 18h selon les jours. Le truc est que le vent se lève en milieu de journée. Moralité le matin, c’est top chouette et l’après-midi c’est quasiment toujours une épreuve pour la motivation, le moral et le physique !

J’arpente une très belle route encaissée entre les montagnes puis droite comme la politique du nouveau gouvernement, jusqu’à Villena. De là, je visite un chouillat, demande à l’office de tourisme une carte des pistes cyclables alentours puis, me cale à l’ombre tournante d’un château du 12è siècle.

Vers 17h, reprise ! Je teste avec un bonheur légèrement pincé les indications de la carte des pistes et la réalité sur le terrain…Bondié, les principes de base de la cartographie ne sont pas respectés, l’échelle, la légende, le nord…c’est un monde ça quand même ! Heureusement que je croise quelques personnes pour m’aiguiller. Et là, je m’enfonce entre des champs de cailloux et les pitons des Salinas. La route se rétrécie, puis devient piste. Wouai…des cailloux, du sable, des crevasses, et je suis content !

Trouver un bosquet et un coin pour la tente avant de rejoindre le bitume et voilà, entre 2 pins maritimes, c’est im-pe-cable. J’apprécie, me détends, profite.

Vendredi 29 Août

 

Le dilemme se posait depuis quelques jours. Passerai-je à Murcia ou ne passerai-je pas ! Murcia revêt un symbole particulier dans mon histoire et, est un élément fondateur dans la gestation de ce projet. Tergiversations. Hésitations.

Bang, tour de rein au petit matin. Alors que je remettais mon sac à dos dans l’extension 1.O, cette douleur que je connais si bien. Du fin fond de la lombaire 4 ou 5, ça coince, ça pique puis ça jailli dans les reins et ça remonte. Aïe ! Ouille ! Oille !

Bon ça c’est fait. Alors maintenant, on se détend (encore un peu plus!), on boit de l’eau, beaucoup d’eau et on attend avant de prendre une décision…quelques assouplissements pour voir les dégâts….mouai, s’agirait de profiter de pouvoir bouger sans trop de douleurs.

Moralité, le choix d’aller à Murcia s’impose à moi, comme c’est étrange !

Sur le vélo, quelle agréable surprise de me rendre compte que les douleurs n’ont, pour l’instant, que très peu d’impact sur mes mouvements. J’avance. Profite un peu du paysage et entame une longue réflexion sur la douleur et la souffrance.

La douleur est imposée, il faut faire avec, pas le choix. Donc l’accueillir, lui donner sa place mais bien faire attention qu’elle n’en prenne pas trop, de place. Qu’elle se cantonne à sa zone de rayonnement et si elle doit s’étendre, soit, mais qu’elle le fasse en toute conscience sans pervertir les zones proches, étrangères à son chemin.

La souffrance, très souvent, on se l’impose. Il nous revient le choix de la refuser même si c’est rarement facile ! La preuve est qu’il n’existe pas de médicament/drogue autre que les psychotropes pour la faire passer. Enfin, ceci n’engage que moi.

Du coup, j’ai mal mais je ne souffre pas. Pas encore !

Vers 10h, j’appelle une vieille connaissance de Murcia, savoir si elle peut m’aider à trouver un osthéo. Je réalise qu’on est vendredi et que ce serait très bien si je pouvais arriver là-bas en fin d’après midi et être disponible dès demain matin…après c’est le week end. Ah, vendredi midi, c’est déjà le week end alors ?

J’avance. Passe devant une carrière à ciel ouvert désaffectée. Une dernière ascension et je retrouve ma très chère et tendre RN340. Toujours aussi bruyante, dure et triste. Cette route est longue de 1244 km, principalement côtière, elle rejoint Cadix à Barcelone (cours article sur wikipédia).

Le dos commence à tirer sévère. Je préfère ne pas m’arrêter de peur de me faire assommer par la chaleur. J’arrive à Murcia en début d’après-midi. J’ai fait 100 km en 5h !

A l’auberge de jeunesse, alors que je tchatte avec Tere, elle me dit qu’ils ont des amis en ville et qu’ils pourront sûrement m’aider à trouver quelqu’un pour me soigner. C’est chouette de pouvoir compter sur les amis. Je me détends, toujours !

La douleur est tellement bien accueillie qu’elle n’est qu’une gêne.

 

Le samedi matin, j’en profite pour aller à Décath….le thème secondaire de ce pèlerinage pourrait être « la route des cathlon »!

Comme beaucoup d’autres magasins de cette marque, il se trouve dans un complexe commercial fait tôles horizontales et verticales qui s’étendent sur des kilomètres carrés.

Odes à ces centres commerciaux…

Car, bien que je n’en ai pas parlé dans le précédent article, l’aventure de la roue arrière n’est pas finie ! Quand j’ai fait changer la roue à Barcelone, il a fallu changer les pignons, problème de compatibilité. L’étape suivante s’est faite sans aucun soucis jusqu’à Valence. Mais pour arriver à Carricola, je n’arrêterai pas de faire sauter les vitesses entre la 4 et la 7 (ça vous parle, hein?). J’ai mis le nez de plus près chez Tere et Kike et j’ai remarqué que sur les nouveaux pignons il n’y avait que 6 vitesses alors que mon dérailleur en a 7.

A Murcia, je décide de tirer ça au clair. Le gentil vendeur me dit qu’il le changera sans problème mais faut revenir lundi !

Je choisis de présenter les images de Carricola dans cette ville symbolique où la dualité a toute sa place.

Entre-temps ce samedi, un rdv avec une fisiothérapeute est confirmé pour lundi après-midi. Merci beaucoup Tere, Kike et vos amis !

Un masseur spécialisé dans les sportifs accepte de me rencontrer en début d’après-midi, aujourd’hui. Merci à toi de m’avoir permis ce rdv. Voilà, tout s’arrange, tout se débloque. Ça fait du bien.

Les 2 soignants que j’ai vu ont fait un travail remarquable et complémentaire. Que du bonheur, j’ai gagné 2 cm de hauteur et rajeuni de quelques années !

Images de Murcia

 

Mercredi 3 Septembre

Je quitte Murcia avec un dos débloqué, des pignons adaptés et un souffle nouveau qui me porte. Il me faut au moins ça pour affronter les chaleurs du Sud.

Parce que j’aime ça, je prends la sortie sud-est de la ville qui me fait passer par les petites montagnes avant la plaine de Cartagena. Histoire de tester le matériel, le bonhomme et le reste !

Le paysage est aride, tellement sec qu’il en est froid…comment fait-on pour vivre ici. Les gens ont-ils conscience qu’ils ne verront probablement jamais toutes les fabuleuses nuances de vert qui puissent exister ? Oh, c’est sûr qu’ils ont leurs raisons pour rester ici, que ces raisons me sont et me resteront complètement étrangères…je ne fais que passer, ne prends pas le temps de m’y attarder…et j’en suis bien heureux ! D’ailleurs, il est fort probable que ces même paysages au printemps soient d’une cruelle beauté !

 

 

 

 

 

Les seules plantes vertes qui poussent en cette saison estivale sont les fruits et légumes destinés aux supermarchés…principalement sous des hectares de serres en plastique….vu des sommets, on croirait des lacs, des étangs et des mers mais non, c’est bel et bien les « greniers » de l’Europe !

Le repos d’après-midi est plus long. J’ai pu somnoler à l’ombre d’un jeune olivier. Juste devant une ascension que je redoute. Je décolle vers 19h, le temps est plus agréable, l’ascension s’est faite sur 2km et après, oh merveille de la topographie, une descente déroule devant moi sur plus de 5 km jusqu’à la mer…comme quoi, parfois faut pas s’en faire toute une montagne !

Je bivouaque au sud de Mazarron tout en haut d’un pic, sur un site préhistorique. Vue panoramique sur la vallée, les huertas et sur la côte.

Jeudi 4 septembre

Je pars tard, vers 9h. Trop tard.

Il faut savoir une chose :

Entre 8 et 9h, il fait bon
Entre 9 et 10h, il fait chaud
Entre 10 et 11h, il fait très chaud
Entre 11 et 12h, il fait vraiment très chaud
Entre 12 et 13h, il fait trop chaud

Ensuite, c’est difficilement imaginable. Alors l’objectif est de trouver une chaise, un banc et de m’assoupir, bercé par le va et vient des autos, des passants….sentir le vent se lever et commencer à redouter le départ.

Pourtant, le départ arrive. Reprendre l’asphalte cuisant, le plomb descendant et le vent incandescent qui cherchent à te retenir et te rôtir….le four à chaleur tournante a été inventé dans ces contrées !!

Je passe le cap des 2000 km à Aguilas en milieu de journée. Je décide de m’y arrêter pour la nuit. Hébergement, lessive, repas et direction la mer. Je me baigne jusqu’à en devenir tout mou. Les poissons commencent à me grignoter. On entame une danse.

Cette après-midi détente me fait du bien.

Je check ma route, direction Alméria via le parc de Cabo del Gata (lieu aride où ont été tourné de nombreux films tels que Lawrence d’Arabie et la plupart des Sergio Leon) pour rejoindre la communauté de Sunseed à Los Molinos.

Vu comment c’est dur déjà, je m’attends à un intense engagement physique et moral.

 

Vendredi 5 septembre

 

Je profite donc de la fraîcheur matinale pour avaler les kilomètres et contempler les paysages d’une beauté particulière. J’entre sans bruit en Andalousie. Quelques complexes hôteliers des années 70 entre la plage et la route, les montagnes derrières et, parfois, des bâtiments vides, creux, entourés de barrières de chantiers ouvertes aux vents, happés par la crise.

Je passe les grosses chaleurs sous l’ombre d’une tour de guet, sur une plage. Un bain, un repas, une sieste. Contemplations, méditations, sensations, émotions.

Après les timides montées, j’entame deux, trois belles ascensions. Bien que ce soit dur, c’est tellement beau….et hop, l’arrivée sur le col où peu à peu la vue sur l’après se découvre…que de promesses sur l’inconnu…une ville, une plage, une descente sèche et droite, des lacets, ou encore d’autres montagnes….un entre-deux comme un entre-temps. Je suis là-haut. Content.

Je me trouve un super spot pour le bivouac entouré d’agaves. Je profite.

Quelques images de Cabo de Gata

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Samedi 6 septembre

Mes journées se composent donc d’une matinée très sympa, belle et agréable et d’une après-midi souvent à l’opposé. Pour peu que je ne trouve pas de coin pour être suffisamment à mon aise pour passer les 5h d’attentes de la mi-journée, je fatigue et subis un peu plus le poids de la chaleur. Aujourd’hui, c’est un peu ça. Je ne me suis pas arrêté au bon endroit et la chaleur empêche toute conception de mouvement de plus de 500m. Je me retrouve donc tassé sur un petit trottoir entre 4 ou 5 maisons….à regarder avec horreur, l’ombre disparaître et le feu de la lumière se rapprocher inexorablement de moi. Torpeur. Après un temps de crispation incontrôlée, je me lève et me baigne dans la mer…qui était à 20m. Ah, les connexions cérébrales se remettent un peu en agitation, léger hein !

Je me sèche sur la terrasse d’un bar aux chaises incommodes, devant une bonne assiette de tapas, à endurer les braillements pleins de vie d’un groupe de jeunes midinettes installé à la table d’à côté. À leur départ, j’entends enfin le vent. Il souffle déjà très fort.

J’hésite sur la route à faire. Soit, je coupe dans les terres et ça va être chaud, dur et pas forcément très joli. Soit, je continue à replonger vers la côte et ça va être chaud, dur et assurément plus joli mais je ne suis pas sur de la route, sur certaines cartes elle est praticable et sur d’autres non. C’est tentant car ça m’amènerait sur le phare de Cabo del Gata, près de récifs de la Sirène…que j’espère atteindre pour le lever du soleil. Bah oui, ça fait 3 nuits que je dors mal et pour tout vous dire, j’ai hâte de sortir du parc. Il m’a fait mal à l’organisme, il m’a poussé dans mes retranchements et autant c’est intéressant à vivre autant c’est éprouvant. Et comme la lune sera presque pleine ce soir, aussi bien en profiter.

Auprès de plusieurs personnes, j’ai la confirmation de l’existence du chemin accessible en vélo via un sentier de rando et une piste.

Cool. Je continue ma route, longe les plages et arrive devant un chemin. Je le prends, il rétrécie, rapetisse et devient clairement un sentier de rando, à flanc de colline avec une pente à 40° donnant directement dans les rochers et la mer en contre bas. Oups. Je descends du vélo. Que faire ? Faire demi-tour ? Pas moyen. Vélo plus remorque, il me faut au moins 1,5m d’espace alors que j’en ai, quoi ? 20 cm. Ok donc allons-y gaiement en serrant les fesses et avec une détermination sans faille. Je n’ai pas le droit de douter. Je dois y arriver. Je dois y arriver avec le vélo et sa remorque ! Le sentier n’est pas simple, il y a des cailloux partout plus ou moins hauts, plus ou moins plats, des pierriers, des éboulis…la totale quoi !Et bien, aussi surprenant que ça puisse paraître, nous sommes tous passés, sans casse (une bouteille d’eau à percée), sans glissade et avec une frousse constante. Un petit kilomètre interminable qui s’achève sur une belle plage. J’y reprends mes esprits et mes forces pour affronter la nuit et le reste.

Le reste est une piste forestière qui mène à plusieurs plages excentrées et qui se termine sur une barrière. Derrière cette barrière, la piste qui continue à l’assaut d’une montagne. La nuit arrive, le vent froid aussi. Je m’arrête pour me préparer à la nuit et au froid. Contempler ces derniers rayons du soleil et cette vue à 180°..ça va être bon. Je monte, je monte, je monte. Je galère un peu car je dérape sur les cailloux et il m’est impossible de pousser le vélo. Il glisse. Je pédale tant bien que mal. Puis boum. Une autre barrière et après du bitume. La route pour redescendre. Le vent forcit, je suis en nage et j’ai froid. Lumière sur le casque, je descends doucement dans cette nuit claire.

J’atteins le phare. Il est à peine 23h. Je reste un moment à savourer puis me réfugie sous le hall d’un bâtiment adjacent. Je dormirai là à l’abri du vent violent.

Sauf qu’à 3h du mat’, le vent tourne et je l’ai en pleine face. Maudit vent que cherches tu à me dire ? Il tourbillonne puis repart de plus belle. Je visse mon bonnet, m’enferme dans mon duvet et me rendors comme je peux. Je suis debout pour le lever du soleil sur le récif de la Sirène. Le vent se calme. J’observe un jour nouveau naître. Il réveille les oiseaux et les hommes….il étire et étend ses rayons sur la mer, sur les montagnes…il apporte les nouvelles d’un futur en devenir. Inspirations.

 

Dimanche 7 septembre

 

Une dernière ascension, pas la moindre. C’est bien, ça met en jambe dès le matin, et me voici dans les salines à l’orée du parc en direction d’Alméria. J’arrive en ville en fin de matinée. Après 4 jours et 4 nuits difficiles avec un fort engagement. Je suis heureux et satisfait de me retrouver dans une micro chambre d’hôtel ! La fin de journée, je la passe à rien faire sous le ventilo et la clim…enfin, lessive, décrassage du bonhomme et reconnexion avec le monde extérieur virtuel, dans un 1er temps !

Diaporama d’une sélection d’images entre Carricola et Alméria

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Quelques révélations du désert Andalous :

-le Sirocco est un vent chaud qui souffle en rafales et brûle les poumons
-le soleil mord
-les dates de péremption sur les crèmes solaires, ce n’est pas que fait pour faire beau
-le soleil cogne
-le jambon ne résiste pas longtemps aux températures de fin de journée. Ça influence fichtrement le transit intestinal !
-le soleil consume
-les pêches espagnoles sont étonnamment fades et farineuses
-le soleil pouak
-partir 1h plus tard le matin c’est risquer de rouler sur des braises
-le soleil embrase
-l’ombre, c’est bien, faut-il seulement en avoir sur le chemin
-le soleil brouit
-les côtes à 10% de dénivelé tétanisent les cuisses. Quand j’arrive en haut et que je descends du vélo, j’ai la démarche de Lucky Luke. Je me marre
-le soleil torréfie
-le matelas auto-gonflant est devenu auto-dégonflant.

 

Le lundi, des choses se passent dans mon corps…C’est intense, je suis en pleine digestion de ce voyage intérieur. Je me connecte/reconnecte avec moi et peut être plus. Perturbant. Je cherche des réponses. Un peu comme si je me battais contre des moulins à vent. Les réponses viendront si je sais m’y rendre disponible.

Le mardi, je vais au hammam. Bains et massages au programme. Que c’est bon. Mais que c’est bon.

Ces derniers jours ont été fondamentaux dans ma quête, dans la rencontre avec moi, mon Moi. Je prends conscience que j’ai bifurqué de ma route de l’utopie ouverte sur les autres pour réaliser mon chemin de l’utopie. La rencontre avec moi-même.

 

 

 

 

 

Après cette reconnection, je reprends aussi mes esprits et ma route. Je me rends compte que je suis passé à moins de 40 km de Sunseed vendredi dernier. Je dois revenir sur mes pas sur plus de 80km pour les rejoindre. Je les contacte pour savoir si je peux venir et comment marche l’hébergement. Je suis toujours le bienvenu et j’ai la confirmation que je dois contacter un certain David pour l’hébergement. Sauf que David ne m’a pas donné de réponse.

Je fais le point global.

Il me reste 2 semaines pour réaliser le projet. J’avais prévu initialement de passer à Sunseed, puis la vallée des Las Alpujarras (où il y a plein de hippies!) puis Marinaleda. Ensuite, il me reste 2 jours de trajet pour rejoindre Séville et prévoir quelques jours là-bas pour organiser mon retour. Je dois être rentré avant début octobre.

Bref, le temps commence à se contracter. L’heure est aux choix. Je retourne sur le site de Sunseed et l’épluche de fond en comble. Leur projet est sympa. C’est un projet d’expérimentation essentiellement scientifique puis humain sur la vie dans une zone désertique. Est-ce un endroit intéressant pour le projet. Oui clairement. Est-ce ce dont j’ai besoin là actuellement, je n’en suis pas si sur. Et je dois retrousser chemin si je veux y aller. Je décide donc d’aller dans la vallée des Las Alpujarras et de voir ce qui se fait par là-bas. C’est cohérent avec mes attentes et c’est sur le trajet de Marinaleda.

Je contacte en urgence, tard dans l’après-midi, la valle de Sensaciones et leur annonce que je vais passer pour les rencontrer et voir ce qu’on peut faire ensemble.

Une nouvelle nuit sans sommeil mais avec beaucoup d’intensité.

Mercredi 10 septembre

Départ d’Alméria de retour sur ma route.

D’ailleurs, comme un pied de nez, je retrouve….la belle RN 340, enfin, plus précisément sa petite sœur, le RN 340a…j’ai la sensation qu’elles vont m’engloutir jusqu’à Cadiz…et après ? Après, adieu ponts et chaussées !

Je stoppe le midi à Berja. Mange dans un bar populaire et sympa, ça fait du bien. Le pilier du comptoir vient me causer. Il soliloque en espagnol. Je l’écoute et réponds en français. On rigole.

En fin d’après-midi, je reprends la route A 1175 vers le barrage de Beninar. Ça grimpe entre les champs couverts de serres en plastique, ça sinue dans les pentes arides puis je me retrouve en surplomb du barrage. C’est magnifique.

La route tombe vers cette surface d’eau improbable. Tout autour du vert, des arbres intenses et nuancés. Ça fait du bien à mes yeux, ça enchante mon moral. Un souffle d’extase m’envahit. Je découvre ma dépendance au vert. Est-ce l’espoir inébranlable (quoique parfois altéré) que je porte à la vie ou est-ce simplement parce que j’ai passé le plus clair de mon existence dans des pays pluvieux, donc verts ?

Avec la couleur, s’ajoute l’odeur…celle des aiguilles de pins, boisée avec un soupçon d’acidité et une touche de sucré, savant mélange des contraires qui forment un tout piquant et rassurant…juste envie de me pauser sur ce sol moelleux et craquant.

Je dors dans le lit asséché de la rivière alimentant le barrage.

J’admire la vie sans soleil s’animer autour de moi.

L’étrangeté de ce grand pays, fait de grandes étendues arides, de villages quasi déserts mais il y a toujours quelqu’un qui traîne quelque part. Tu te crois seul, peinard, tu te dis « tiens, je vais me mettre nu au soleil pour cette toute fin de journée ». Tu entends un bruit dans les fourrages, guettes un animal…bah non, c’est quelqu’un qui passe, toujours le soir, jamais le matin. « Hola ».

jeudi 11 septembre

Au petit matin, je me lève à la fraîche pour saluer le soleil. Je ne suis pas seul. Là, des cochons sauvages. Ici, un renard.

Je prends le temps, il fait frais, il fait bon, ça fait du bien. La route qui rejoint la route principale est un bonheur sans nom. Ça monte. Ça descend. Un coup l’adret, un coup l’ubac. Faite de gorges sinueuses, dont je me délecte. Je pédale un tour en avant, deux tours en arrière.

La route principale, l’A 348, est une autre histoire, de la circulation, du bruit, du soleil qui totoche et du vent de face. J’arrive à Yator, passe au bar du village prendre le pouls de la vie là-bas. Quelques sourires édentés et grosses mains de travailleurs sans travail.

Valle de Sensaciones. Je suis accueillie par un homme, sa copine est lovée dans un pouf. On prend le temps de discuter. Ils viennent juste de revenir sur le lieu. Ils vont accueillir d’autres personnes dans les prochains jours. Je suis le bienvenu. Je dois m’acquitter de l’adhésion à l’association, ainsi que d’un forfait journalier, que je trouve un peu cher. J’explique mon projet, peut-être pas de la meilleure manière qui soit mais on me rétorque que l’exposition photo et la démarche que je propose ne servent pas la communauté. Ah, ok. Ils me suggèrent de visiter et de réfléchir. Je découvre le lieu, belle énergie, maisons dans les arbres, salle de bains extérieure, joli travail de récup et de recyclage, du sens et du détail. C’est un chouette endroit.

site (12)

Je prends le temps de me promener puis leur annonce que je ne peux pas rester. Ils me parlent d’Orgiva et de la fameuse communauté hippie, là-bas, je pourrai m’installer sans problèmes et faire ce que j’ai à faire. Il est 13h36….le prochain village, Cadiar, est à 5 kilomètres. Il faut très chaud, mais 5 kilomètres, c’est rien.

Ah Ah Ah. Quelle erreur. Ça monte, ça grimpe à n’en plus finir, ça souffle, ça vente, ça chauffe, ça couine, ça fait mal, ça fait chier..ça y est, c’est lâché. Je cris, je cris de rage, d’envie de finir, de ce vent qui me stoppe, de cette chaleur qui m’arrache par petits bouts. Crier ça fait du bien mais ça fait pas avancer plus vite…voire ça produit l’effet inverse vu que la bouche ouverte augmente la prise au vent !

Ces 5 foutus kilomètres que je parcours en plus d’une heure m’amènent à réfléchir.

Réfléchir sur cette rencontre non réalisée.

Adhérer à une association porteuse d’un projet, oui bien sur (j’ai administré une association durant ces 7 dernières années). Les tarifs d’adhésion entraînent une sélection, de fait, des membres de l’association. Ici, c’est un tarif unique et c’est cher.

Participer financièrement au séjour, pourquoi pas. L’accueil a un coût, c’est clair et ce coût doit être supporté par les 2 parties. L’idée est de trouver une « monnaie » d’échange juste pour chacune des parties. Ici c’est l’argent, point barre.

Dans une moindre mesure, le concept me fait penser au gîte « La Bergerie » à La Réunion. Gîte où l’accès se fait à pied, après une marche d’environ 20 minutes. Il n’y a pas d’électricité ni d’eau chaude, la cuisine est au feu de bois, l’isolation est rudimentaire. Bref, c’est cool, c’est roots et on paie aussi cher qu’un gîte normal. Sauf que là, il faut réserver longtemps à l’avance. J’adore ce lieu. Il est magique. À chaque fois que j’y suis, je me questionne. Je paie aussi cher qu’ailleurs pour être dans le zion, livré à la pluie, aux vents et au froid alors que je peux camper et vivre la même chose, dans un confort moindre mais quand même quasiment similaire….Le pari gagné de la modernité, payer pour vivre chichement le temps d’un week end !

Ici à Valle de Sensaciones, ils se présentent comme une communauté, ouverte et accueillante. Payer pour vivre une expérience de communauté. Le vivre-ensemble est-il achetable? Est-il rentable au point d’être devenu un business ? Ainsi, expérimenter la rencontre avec les Autres est réservée à ceux qui ont suffisamment d’argent pour se l’offrir ? Et donc, ceux qui n’en ont pas les moyens en sont exclus. Etre exclu du vivre-ensemble par manque d’argent…ça me glace le sang et me rappelle vaguement la société dans laquelle nous sommes, non ?

Payer est un acte fort. Payer c’est consommer quelque chose. j’adhère complétement à ce mot « consom’acteur ». Je ne veux pas consommer du vivre-ensemble, je veux le partager, le respirer, le vivre.

Erasme disait : « on ne naît pas homme, on le devient ». On le devient avec notre histoire, notre société, notre habitus cher à Bourdieu, mais aussi et surtout, comme le souligne si justement Albert Jacquart, on le devient au fil des rencontres de notre vie. Ce sont les rencontres qui nous construisent, les interactions avec les uns et les autres, les expériences…Ce sont tous ces moments de vivre-ensemble qui font que nous nous positionnons dans notre société, que nous faisons nos choix de vie, car nous avons eu l’expérience d’essayer, de partager, de confronter des idéaux et de nourrir des envies…ce droit aux rencontres est fondamental. Qu’est ce que le vivre-ensemble, si ce n’est donner de l’espace et du temps aux rencontres, aux Autres!

Je ne sais pas, je me trompes peut être ou je suis trop excessif. Enfin, je suis ouvert à la discussion, à l’échange d’idées, c’est ce qui me fait grandir et avancer…et que à ce jour, je n’ai pas eu à payer pour vivre ces moments de rencontres….c’est questionnant. Toujours est-il que je rôtis sous le soleil.

Ces 5 kilomètres ont été très riches en réflexions. Je crois que j’ai certaines réponses à ma quête personnelle. C’est un peu grâce à Toi. Finalement, ma communauté utopique idéale, n’est-elle pas simplement l’image d’une famille. Un foyer ouvert sur le monde et sur les Autres. Charpenté d’un savant équilibre de sensible et de spirituel permettant de créer et d’inventer l’avenir en bonne intelligence. Un noyau fort, inébranlable et bienveillant en connexion avec un territoire, des voisins, des amis…

 

J’arrive fatigué à Cadiar. Un bar, du melon, du jambon, un schweppes et rien d’autre. Au bout d’un temps, je décide de regonfler mon pneu arrière que je sens légèrement sous gonflé. En toute innocence, je mets l’embout, la pompe et….et…ça se dégonfle, inexplicablement. Pourtant, je pompe, je pompe, je pompe, je pompe je vous dis….rien. Mes réflexions intenses m’ont fait devenir shadok ? Et toujours cette roue arrière !

Je traverse le village jusqu’à la station service. Ça doit être la seule de la région à ne pas avoir de compresseur. Je demande au pompiste qui me parle d’un magasin plus loin. J’y vais. Il est fermé. Il est 17h. Je demande à un passant qui me dit qu’il ouvrira sûrement vers 18h. Je m’assoie sur le trottoir d’en face et attends. J’observe le plus beau spectacle dont je ne me lasserai jamais : La vie se dérouler sous mes yeux. Je suis immobile, invisible. Vers 18h30, je redemande à quelqu’un qui m’annonce que si il ouvre c’est ce soir vers 20h pas avant. Ah ! Je réessaye de gonfler alors. Je décharge mes affaires, retourne le vélo….et je pompe, encore et toujours, à m’en abimer les mains….que dalle, nada, la pompe marche mais les embouts bougent trop et surtout je dois insuffler quelques 3,5 bars ! Ok. Que faire ? Ce que j’ai toujours fait, dans tous mes voyages, quand je n’avais aucune solution à mes problèmes. Se mettre à un point stratégique. Là, en l’occurrence, j’y suis. Et attendre. Quelque chose va se passer, j’en suis persuadé. À moi, de le saisir. Un temps.

Une femme arrive, me pose des questions, elle parle français et va se renseigner pour trouver un garagiste qui a un compresseur, car le tenancier du magasin devant lequel je suis fait la cueillette des amandes en ce moment et il ouvre quand il veut, probablement pas aujourd’hui. Elle revient au bout d’une dizaine de minutes. Elle ne l’a pas trouvé. Elle a un rendez vous médical, et me propose de l’attendre. Elle m’aidera après. Héhé qu’est-ce que je vous disais ! Pour fêter ça, je vais m’acheter un beignet au chocolat dans la pâtisserie que j’avais repéré sur le chemin. Je laisse mon vélo là. Il fait partie du mobilier urbain maintenant. Ça fait presque deux heures qu’il est là !

À mon retour, un homme le regarde, il a ses enfants autour de lui. Il me parle français. Il a vu l’autocollant « l’arrêt du nucléaire ». On discute. Il va dans le magasin d’à côté où il y a des grosses pompes à pied à vendre. Le vendeur sort avec l’une d’elles dans son carton. La déballe et il se met à pomper….ça marche !

Il me remercie (!?) et rentre dans son échoppe. Je retourne le remercier, discute un peu avec l’homme et ses enfants, et attend la dame. Un pilier de comptoir me parle quelques minutes. À son départ, je décide de laisser un mot sur le pare-brise de la voiture de la dame. Il est temps pour moi de reprendre mon chemin !

Je fais quelques kilomètres et me cale sur un pont désaffecté de l’ancienne route, face à une ravine.

 

Vendredi 12 septembre

 

Réveillé par un chien qui aboie pendant 10 min avant de disparaitre. Je n’ai pas le courage de discuter avec lui.

Avant le départ, je demande au vent de m’accompagner, je ne veux pas l’affronter aujourd’hui. La route est jolie, toujours avec de la circulation, mais sa beauté me détourne des autres usagers. Je m’en mets plein les mirettes. La sierra Nevada est à ma droite avec ses sommets à 3000, là, à quelques kilomètres à vol d’oiseau. Je la longe. C’est un plaisir. En haut d’un col, je m’arrête car j’ai vu un figuier. Non, elles sont trop petites encore.

 

 

J’arrive à Orgiva. Je mange et me repose toute l’après-midi. La communauté se trouve dans la montagne pas très loin. Je ne suis pas sur de pouvoir y accéder avec mon vélo et la remorque. En fin de journée, je me décide à y aller…passe devant un hôtel et m’y arrête pour la nuit !

Étrange ce besoin. Il est vrai que là-haut il n’y a pas d’électricité, il ne me reste qu’une seule batterie pleine pour mon appareil photo. Puis je me questionne sur le temps qu’il me reste dans ce voyage et sur cette idée de consommation qui m’obsède. Que faire là-haut si ce n’est que pour passer 2 jours. Aurai-je le temps de réellement avoir une interaction, ou est-ce juste, j’arrive, je regarde les hippies dans leur élément comme on va au zoo et en revenir avec aucune image mais des clichés et des poncifs.

Du coup, ça me fait penser à cette chanson de Ludwig Von 88

J’ai les mots de Vincent du Maquis qui raisonnent dans ma tête « je fais du tourisme alternatif ».

Je crois que je n’ai pas envie de ça. Donc pas de regret. Les regrets, c’est comme les hommes politiques, on perd notre temps à les écouter.

Je vais probablement vous décevoir car du coup, je n’aurai fait aucune communauté en Espagne. Mais vous l’aurez compris, je suis à la recherche de sens. Je serai tenté de dire : « Le sens a ses raisons que la raison ne comprend pas ». Et c’est très bien ainsi.

Je suis également à la recherche de liens, d’interactions. Et ça demande un minimum de temps et de disponibilité des 2 parties.

A travers ce pèlerinage, j’ai la confirmation que pour changer, ce monde a besoin de solutions locales comme l’a justement fait remarquer Coline Serreau. Mais il a également besoin de se reconnecter à une dimension sensible, spirituelle où chacun peut se nourrir. Je ne parle pas de religion, je parle de connections, sentir l’eau sur sa peau, le vent sur son visage, toucher les arbres, écouter les oiseaux, les feuilles, prendre le temps de contempler. On le sait tout ça mais il est important, je pense, d’actionner ce levier sensible. L’un ne va pas sans l’autre, les solutions locales ne peuvent se développer et s’ancrer dans un territoire que si les hommes sont interconnectés entre eux et en lien avec ce territoire.

Il devient donc évident de modifier profondément notre vision sur le monde qui nous entoure. Ne pas faire pour le faire mais faire pour le vivre. Ce voyage, je ne le fais pas, je le vis (du mieux que je peux).

J’en profite pour préciser à ceux qui pensent qu’il me faut du courage pour réaliser ça, il faut juste de l’envie.

Et ceux qui disent que j’ai de la chance de pouvoir le faire, qu’ils s’interrogent sur les raisons qui les retiennent. La vraie raison. C’est souvent la peur. Ensuite chacun trouve son équilibre entre l’envie de vivre sa vie et celle de vivre ses peurs. Ce choix appartient à chacun.

Je précise que j’ai peur avant chaque voyage, celui-ci particulièrement. Je l’ai exprimé à quelques uns d’entre vous. J’ai peur de partir, toujours. J’ai peur avant d’arriver dans chaque ville. Dans chaque communauté. Où tout m’est inconnu. Les lieux, les gens. Je suis fatigué, je suis sale et sens l’écurie. Puis après quelques jours, il faut repartir, recommencer, reconstruire des liens, des connexions. Affronter de nouveau mes peurs de l’Autre et de l’inconnu. Pourtant l’envie est plus forte et elle s’impose toujours, délicatement. Le temps est son complice. Pourquoi je fais ça ? Parce que justement, confronter mes peurs c’est avoir la confirmation qu’elles ne sont qu’une construction sans fondement valable. Que les dépasser me fait avancer, cheminer vers celui que je souhaite être. Être me fait vivre. Être est un mouvement…La vie est un mouvement fait d’oscillations. Des hauts, des bas, du bon, du mal, des joies, des peines…un ensemble, un tout. Un tout qui est tout et son contraire !

Bref, je décide donc de rester jusqu’au « hippie market » de dimanche matin puis filer sur Marinaleda. Et là-bas prendre le temps qu’il me reste.

Le soir en déballant les sacs, je découvre avec stupéfaction que j’ai perdu mon carnet de notes, avec toutes les adresses, les réflexions, les informations depuis le début du voyage. Je suis triste à l’idée d’avoir perdu tout ça. Tard dans la nuit, alors que je visionne les images, je me souviens avoir sorti le carnet après Torvizcon. Soit à maximum 16 km et deux cols. Ça ne m’enchante absolument pas mais je me dois d’y aller. Je me dis que toute cette hésitation sur le fait d’attendre avant de continuer la route, ça me permet de voir que j’ai perdu ce carnet et de me donner une chance de le retrouver.

Donc samedi matin, de bonne humeur, et hop, j’enfourche le vélo et refais la route en chemin inverse.

 

 

 

 

Je suis heureux de faire du vélo sans tout ce poids. Ça avance beaucoup plus vite ! En haut du 1er col, au loin, je le vois. Bleu. Il est là et m’attend. Heureux, satisfait. Je prends le temps de grimper la colline à pied et de regarder le lieu. Léger. La vie est bien faite. Elle donne les réponses à qui prend le temps de les voir, c’est vraiment ce que je vis en ce moment. Une certaine fluidité. Je ne force pas. Je me triture encore beaucoup le cerveau, je doute, mais un certain équilibre se met en place.

Je retourne à l’hôtel et écris  une grosse partie de cet article tout le reste de la journée.

Je sens la fin de ce voyage qui approche. La fin d’un moi. La fin de 3 mois, errants, et sûrement de plein d’autres !! Une nostalgie se met en place, certains rituels de départ, d’arrivée, ces moments que j’ai pour moi, privilégiés. D’un autre coté, je suis heureux de finir. Ça fait 80 jours que je vis intensément. J’ai bousculé des certitudes et accepté des réalités. J’ai compris un peu plus qui j’étais et ce à quoi j’aspire. Je me suis fortifié. Il est temps. D’autres étapes de la vie vont s’offrir à moi prochainement. J’en prends conscience et m’y prépare avec une grosse envie de les vivre. « Minute Papillon » termine déjà ce voyage !

Dimanche 14 septembre

 

Le matin, je cherche le hippie market….je ne le trouve pas. Tant pis. Je pars vers 10h30. Il fait donc déjà chaud. J’arrête pour la pause du midi dans une station thermale à l’entrée de la Sierra Nevada….que je quitte aujourd’hui. Je profite de cet air de montagne.

L’après-midi, j’avance. Direction plein ouest. Les champs de céréales dominent peu à peu. Les plaines arrivent. Les amandiers font place aux oliviers. Je roule jusqu’à la tombée de la nuit. Bivouac dans un champ d’oliviers immense.

Lundi 15 septembre

 

Je fais des petites routes, la campagne. C’est bucolique. Je décide de prendre un chemin qui borde un canal. Je l’imagine comme le canal du midi, plus ou moins bien aménagé. En fait, c’est un chemin de cailloux plus ou moins tranchants et de poussières qui serpente entre les champs vallonnés, les fameuses huertas. Le canal est en contre-bas dans une sorte d’aqueduc. Pas d’ombre, pas évident à être sur d’être sur le bon chemin mais c’est chouette. Je surnomme cette route « La route de l’olivier », elle me donne une certaine paix intérieure. Réconciliation ?

 

 

 

 

 

Au bout d’une heure, je sens comme un truc qui cloche à l’arrière….ma roue arrière. Ma fameuse, ma nécessaire roue arrière a décidé de crever. Ce problème de roue arrière qui n’en fini pas de me suivre !

Au milieu de rien, en plein cagnard, il me reste 1 litre d’eau et entre 1 et 2 h de route avant le prochain village. Je change la chambre à air et regonfle…je pompe, je pompe, toujours et encore. Puis me cale à l’ombre d’un olivier et m’endors avec le bruit apaisant de l’eau du canal qui coule à quelques mètres.

Vers 17h, je repars. Bien sur, je n’ai pas pu gonfler ma roue comme il le fallait. Je flippe de déchausser ou d’exploser le pneu. Je descends du vélo dès que les cailloux se font trop secs. J’évite de m’asseoir sur la selle pour limiter le poids….du coup, je ne profites plus du chemin. J’arrive en ville et trouve un compresseur. Ouf. Je suis couvert de poussière et de cambouis.

Je remonte sur le vélo, j’ai vraiment pas avancé aujourd’hui. Je pense rouler de nuit mais la nuit tombe à la sortie d’une ville et je me perds (je cherche la voie de service de l’autoroute. Arrivé sur la voie d’entrée de l’autoroute, je rebrousse chemin fissa!). Je me cale dans le 1er champ entre l’autoroute, une ligne de chemin de fer, et un monticule d’ordures derrière moi. La vie n’est pas rose tous les jours !

Sélection d’images entre Alméria et Marinaleda.

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Mardi 16 septembre

Il fait froid et gris.

Je trouve enfin le chemin le long de l’autoroute. Je la suis pendant presque toute la journée. Ces voies de services sont bien pratiques, parfois sales, en mauvaises états mais aujourd’hui, je ne m’en plains pas. Elles longent souvent les 2 cotés de la route. Le plus délicat est de savoir quel est le bon coté pour ta route. Car elles peuvent s’arrêter, bifurquer ou ne pas avoir d’accès vers la direction que tu souhaites….et là tu vois ta route qui s’éloigne de l’autre coté de l’autoroute et aucun moyen de la rejoindre !! heureusement, je croise des gens, je leur demande confirmation de mon chemin. Parfois, certains s’arrêtent, m’appellent et, sans que je leur demande quoi que soit, m’expliquent la route, les pièges voire m’accompagnent…petits cadeaux quotidiens.

Je traverse une ville quand mon compteur indique 2 500 km. Je vois un p’tit vieux sur un banc et lui demande de me prendre en photo devant Caracole pour fêter ça. On s’amuse un peu (il n’y voit rien) et on discute tant bien que mal. Je repars.

Le front froid m’accompagne, j’ai le droit à ses rafales et à ses averses ponctuelles. Ça me permet de ressortir mon kway et ma house de protection des sacoches…elles s’ennuyaient au fond du sac !

Justement par rapport au paragraphe ci-dessus, j’arrive au bord d’une ville où je souhaite passer la nuit. La journée a été longue, je suis à 15km de Marinaleda. Je veux savourer ces moments et arriver propre et frais au terminus.

Sauf que la ville est de l’autre coté de l’autoroute. Que je ne vois pas d’accès. Il est tard, je suis fatigué de cette grosse journée. Hâte de me reposer et profiter. Il y a un pâté de maisons qui surplombe mon chemin, je monte péniblement pour voir si j’aperçois l’accès. Rien. Au fond, une case, une voiture. Je frappe à la porte d’entrée. On me répond en beuglant. Oups. Je dis que je ne comprends pas l’espagnol. La réponse que je crois entendre me sidère et me fait marrer. En substance c’est : « Bah, si tu comprends pas l’espagnol, qu’est-ce tu fous ici ? ». Silence.

Au bout de quelques longues secondes. Je refrappe, plus fort. Bruits. Ça bouge. La porte s’ouvre sur un jeune adulte. Une masse. Pfff. Avec un regard. Repfff. Je lui demande l’accès à la ville. Il me regarde ahuri. « Il est où ton vélo ? » Puis quelques mots en français. Ah, ça se détend. On sourit. Il me dessine le plan pour atteindre l’accès (qui s’avère être à quelques mètres de l’endroit où j’ai quitté le chemin!). Je passe donc sous le pont qui mène à la ville. Je double un joggeur. Au bout du pont, la ville en haut et le chemin qui se sépare, à gauche, à droite et tout droit. Au pif, je prends à gauche. Le joggeur me siffle. Il me rejoint et me demande ce que je cherche. Un hôtel, une pension. Il m’explique la route et me dit « chez Rico, tu y seras bien ».

Arrivé chez Rico, j’y suis bien !

 

Mercredi 17 septembre

 

Il pleut des cordes depuis le petit matin. Ça fait depuis le mois de mai qu’il n’avait pas plut. La dernière journée de cette épopée sous la pluie. Tout un symbole.

Je prends le temps. J’observe. Je savoure. Je regarde le ciel alternant éclaircies et averses. Régulièrement. À moi de partir au bon moment. Et à un moment, je me lève et je pars. Sur le chemin, je réalise que je suis clairement en train de vivre la dernière étape officielle (car je dois rejoindre Séville, de là, je prendrai un bus vers la France). Mais, je suis conscient qu’il me reste une escale à faire, la plus belle, la plus forte, la plus imprévisible. A Marinaleda, il n’y a pas d’hôtel, je n’ai aucun contact. Tout est à faire, à tisser, du mieux possible…

Ces 15 km, je les avale sans une goutte de pluie. Je cris de joie, je respire chaque cm3 d’air que je peux mettre dans mes poumons, chaque détail que je peux mettre dans mes mirettes. Je me gonfle d’une certaine fierté (sentiment étrange!!). J’y suis. Hiiiiihaaaaa !

À peine ai-je franchi le panneau que le ciel se lâche en gouttelettes. J’ai le temps de faire une photo de Caracole, l’extension 1.0 et de moi même devant la mairie. Puis les gouttelettes deviennent averses, qui deviennent sceaux d’eau. Les rues disparaissent sous un torrent, quelques bouches d’égouts sautent.

Je m’émerveille.

Je commence à prendre l’eau aussi. Profite d’une accalmie pour chercher un lieu de vie. Quelques centaines de mètres. Un bar. Très bien. Je m’y installe. On me regarde bizarre. Je connais ces moments de flottement, pourtant, je ne doute plus une seconde. La vie va faire son œuvre….c’est juste une question de temps, quelques minutes ou quelques heures. Je suis bien, je suis à ma place.

Sur mon chemin…

 

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